Monthly Archives: avril 2018

Les jeunes aiment la concrétisation

Les jeunes aiment la concrétisation

L’Europe a-t-elle de l’avenir? Quelle contribution voyez-vous, par exemple, pour les Eglises et les mouvements et communautés chrétiens?

Bien sûr, l’Europe a un avenir! Et les communautés et les Eglises jouent un rôle à la fois individuel mais aussi ensemble, avec le renforcement de la sphère civile. Cette sphère civile qui, avec le temps, fera naître des nouveaux dirigeants politiques, entre temps renforcer et développer l’engagement civique. « Le plus grand problème est causé par ces millions de personnes qui veulent simplement ‘survivre’ » . Ces communautés jouent donc un rôle, car elles apportent une connaissance, exercent et développent leurs propres besoins (par exemple, ordre, liberté, obéissance, responsabilité, égalité, hiérarchie, respect, correction, propriété privée, propriété collective, vérité, etc.)

Le 9 mai ont fait mémoire de la  « Journée de l’Europe » . A quoi vous fais penser cette date ? Comment souhaitez-vous que les Européens fêtent cette date ?

Nous comprenons que cela soit une bonne chose, le choix de la date, ainsi que l’initiative, La question concerne plutôt le « comment ».  On pourrait plutôt penser à une manifestation qui – en plus des conférences interdisciplinaires des différents domaines scientifiques – puisse défier l’ensemble de la société. Pas des manifestations officielles, mais, par exemple, une « manifestation de masse » semblable au projet des capitales de la culture. L’expérience nous fait dire que c’est toujours la politique qui construit les célébrations officielles. Mais ce principe à des fins personnelles éloigne les gens des formulaires officiels.

Si vous étiez président de la Commission européenne (c’est-à-dire, avec un poste en responsabilité et avec des pouvoirs décisionnels), qu’elles seraient les priorités de votre programme pour maintenir et accroître l’union des peuples d’Europe?

En ne voulant pas l’uniformité, viser à la continuité, le renforcement et l’accélération de l’intégration, basée sur la reconnaissance mutuelle de l’identité et de la solidarité. Il est évident que ce système fédéral faible ne fonctionne pas. Nous en avons un exemple aux États-Unis, où même si nous parlons la même langue, mais les formes plus souples sont laissés de côté en faveur de la centralisation. Poursuivre et continuer à élargir les projets internationaux, tels que les ERASMUS, aux chercheurs et aux universitaires, puis, au fil du temps, aussi aux éducateurs et aux enseignants scolaires. Rendre obligatoire une période de six mois à l’étranger pour les étudiants universitaires, quel que soit le sujet d’études. Cours interuniversitaires courts et continus entre pays voisins (par exemple avec des universités d’été).

Comment voyez-vous l’Europe dans le contexte de la politique mondiale aujourd’hui?

Elle fait face à deux défis essentiels. 1. La question de l’unité: si elle ne fait pas l’effort d’être ensemble et de montrer l’unité, elle ne pourra que perdre son poids (voir 2ème question). Deuxièmement : La Corruption: même tout abus, même minime, économique, moral et sexuel, peut porter gravement atteinte à la communauté internationale, qu’il soit commis par un organisme officiel ou par un particulier. Ceci est évitable seulement et avant tout avec un examen continu et unitaire de la conscience (réflexion)

Il semble que les jeunes ne s’intéressent pas tellement à l’avenir de l’Europe. Le voyez- vous, vous aussi comme cela?

Les jeunes aiment ce qui est concret. Les choses insaisissables ne les intéressent pas. Par exemple, le nombre d’étudiants ERASMUS devrait être augmenté et plus d’argent devrait être investi dans des programmes d’études à l’étranger, afin que les jeunes se connaissent mieux. De plus, ils auraient besoin d’objectifs européens concrets dans lesquels ils pourraient croire et ainsi s’enthousiasmer.

Que pensez-vous des tendances populistes? Ne serait-il pas mieux de marcher ENSEMBLE? Mais comment?

Tout d’abord, ils sont la conséquence des dernières crises économiques; et deuxièmement, des conflits armés et des affrontements (par exemple, certaines ingérences étrangères); troisièmement, ils sont causés par le nationalisme, le résultat des différentes réalités déjà évoqué, le nationalisme que l’union représente à peine, tandis qu’au contraire, il est monté par les populistes. Et de plus, les électeurs n’ont pas de relations avec les politiciens européens, mais ils voient et ne connaissent que les leurs, de leur propre nation. Ils sont directement responsables de la manière dont ils transmettent les informations de Bruxelles dans leurs pays respectifs. C’est ainsi le peuple « les croient ». En tout cas, nous devons apprendre à avancer ensemble. comment? voyons les réponses précédentes. La première étape pourrait être le désir d’agir personnellement et ensuite d’assumer une responsabilité collective, reconnaissant son efficacité et son rôle dans son ensemble.

Zsófia Bárány PhD et Szabolcs Somorjai PhD, Hongrie, chercheurs universitaires dans la société, économie de l’âge moderne, politique et histoire de l’Église.

Discussion – Dialogue

Discussion – Dialogue

 

DISCUSSION

 

DIALOGUE

Convaincre l’autre de son propre point de vue Enquêter et apprendre ensemble
Obtenir le consensus de l’autre Partager idées, expériences, sentiments
Sélectionner le meilleur Intégrer les différentes positions
Justifier, défendre ses propres raisons Comprendre à fond les affirmations des parties
Rejeter les raisons de l’autre, une défense de sa position (valeurs, intérêts) Accueillir et comprendre l’autre
Leadership individuelle Leadership collective
Vision broyées Vision intégrale, une synergie d’opinions diverses
Culture hiérarchique et compétitive: dépendance concurrence, exclusion Culture de la coopération, partnership et inclusion
Victoire / défaite Avantage de tous les participants

 

Voir Pal Toth en Nuova Umanità, XXXVII (2015/3) 219, p. 320  

Illustration: Walter Kostner ©

Europe – un “Projet absolument novateur”

Europe – un “Projet absolument novateur”

Brève intervention débat de la perspective historique sur les racines religieuses de l’Europe et ses aspects critiques

“Il n’y a pas que les livres, les notions aussi ont leur propre destin”. C’est par ces mots que débute la volumineuse Histoire de l’Occident, que l’historien Heinrich August Winkler a publié, en 2009. Même si Winkler explique, dans ce livre, la particularité de l’“Occident”, il fournit aussi, en même temps, des éléments qui contribuent à réfléchir sur l’Europe ; le fait que les notions et les significations changent, cela peut être réconfortant, menaçant ou un signe d’espoir. Il en est de même en Europe. Il convient donc de jeter un regard intense sur ses pensées. Il en résulte des observations fondamentales sur l’Europe aussi en général, dans laquelle nous pouvons suivre Winkler.

Tout d’abord, l’empreinte commune la plus forte de l’Europe est encore celle de nature religieuse. Ce diagnostic peut surprendre face à des développements séculiers et laïques ; mais la sécularisation étendue de la sorte ne peut être comprise qu’en tant que réaction à une puissante empreinte religieuse, dans laquelle, depuis le début, était enregistrée la distinction entre l’ordre divin et séculaire. Ce critère historique forme les racines de l’Europe, bien que l’histoire de la religion en Europe soit, pour cette raison aussi, une histoire de séparation.

Deuxièmement, l’Europe n’a jamais eu un progrès linéaire. L’Europe n’est pas une histoire continue de succès, plutôt une histoire de reliquats, de destruction, de lancements nouveaux et du rêve toujours renouvelé d’une communauté de valeurs. En plus de cela, cette communauté a surgi uniquement en “collaboration transatlantique” – comme Winkler la définie – , parce que sans la Déclaration des droits de 1776 il n’y a pas une Déclaration des droits de l’homme et des droits civiques. La perspective est donc large.

En troisième lieu, la “contradiction entre le projet de réglementation et la pratique politique” appartient à l’Europe (Winkler, 21) et avec cela le manque de simultanéité des réalisations de ses projets révolutionnaires : la liberté et l’égalité de tous les hommes. Aujourd’hui encore, cela est toujours un idéal en dernier ressorts encore maintenant.

Quelles en sont les conséquences ? La conséquence est, ou celle d’abandonner les projets révolutionnaires de liberté et d’égalité, ou celle de s’en tenir à encore plus intensément  à ses lignes de base. Sur la piste de Winkler, l’Europe “ne peut rien faire d’autre de mieux pour la diffusion de ses valeurs que de s’en tenir à celles-ci et gérer de manière autocritique sa propre histoire, qui, pendant de longues périodes, a été une histoire de violations contre ses propres idéaux” (Winkler, 24) et l’est encore. Cela signifie aussi : ad fontes! Oû sont-elles les racines de ce rêve, de ce projet révolutionnaire– e comment peut-on vivre de cela de nos jours? Et encore, est-il impossible que des Communautés et des Mouvements spirituels puissent avoir ici un rôle spécial ?

Sr. Nicole Grochowina 

Dialogue entre personnes différentes

Dialogue entre personnes différentes

Voici un stimulant, un enrichissement pour ceux d’entre nous qui, le 9 mai, le « Journée de l’Ensemble pour l’Europe« , souhaitent ouvrir une table ronde pour dialoguer entre des personnes « différentes », tels que de l’Est et de l’Ouest, du Sud et du Nord, membres de diverses Eglises, croyants ou non, locaux ou réfugiés …

La composition diversifiée de l’Europe

Pour bien comprendre la situation européenne, il est utile de tenir compte de sa réalité géopolitique et culturelle.

L’Europe occidentale est principalement un concept socio-politique et identifie en particulier les pays européens du « premier monde », résultat d’un parcours politique, économique et culturel pluriséculaire, différent de celui de l’Europe de l’Est. Aujourd’hui, l’appellation Europe de l’Ouest est aussi communément associée à la démocratie libérale, au capitalisme et aussi à l’Union Européenne, malgré l’élargissement de celle-ci aux pays de l’Est. La plupart des pays de cette région partagent la culture occidentale qui semble aujourd’hui en crise. On note aussi des différences et des tensions à l’intérieur de l’Occident, par exemple entre le nord et le sud. Ou bien, on peut penser à l’Église d’Angleterre qui, après le Brexit, ne voudra sûrement pas lâcher l’Europe, mais plutôt intensifier ses relations œcuméniques.

L’Europe de l’Est est plutôt un concept géographique, une terre articulée en son sein par des traditions et des problématiques différentes. On peut distinguer culturellement, grosso modo, l’Europe Centrale, les Balkans et les pays de l’ex-Union Soviétique, et d’un point de vue religieux, le monde catholico-protestant et celui de l’orthodoxie, avec des conséquences sur la façon de penser et d’agir. Leur dénominateur commun est la condition du post-communisme avec les tourments sociaux et politiques d’un difficile chemin de démocratisation. Avec l’élargissement de l’Union Européenne à quelques pays de l’Est, il se produit chez les nouveaux États membres une adaptation assez rapide au système occidental économique et juridique, tandis que l’approche culturelle est plus lente.

Construire d’abord une culture de la rencontre

Pour parvenir à un dialogue fructueux entre l’Est et l’Ouest, il faut procéder graduellement sans affronter les problèmes de front. Selon le chemin d’Ensemble pour l’Europe, condensé en 18 années d’expérience et exprimé fortement lors de la grande rencontre de Munich 2016, il est nécessaire de sortir d’une attitude de critique et de défense et de promouvoir une culture de la rencontre, de connaissance réciproque et de réconciliation.

Ces derniers siècles, l’Est a regardé l’Ouest comme un modèle culturel et politique et il a développé une compréhension de ce qui se passe dans les pays occidentaux, alors que les habitants des pays de l’Est doivent souvent constater douloureusement le manque total de connaissances de la part des Occidentaux, avec les incompréhensions qui en découlent. Sans la reconnaissance des valeurs de l’Est de la part de l’Occident, il est impossible de parvenir à l’égalité et à la réciprocité. Cela demande donc humilité, confiance, connaissance et accueil réciproque.

Par conséquent, je pense que notre premier pas devrait être de promouvoir une culture de la rencontre, de créer une plate-forme, une « maison », pour pouvoir dialoguer. Dans cette phase, on pourrait aussi réfléchir sur nos diverses traditions culturelles et nos différentes façons de raisonner, pour nous préparer à un dialogue constructif.

Extrait du discours de Pál Tóth « Culture de la rencontre et du dialogue entre l’Orient et l’Occident en Europe », Rencontre des « Amis » d' »Ensemble pour l’Europe » – Vienne, 10 novembre 2017

Le discours complet peut être téléchargé >

Les principes du dialogue

Les principes du dialogue

Jesùs Moràn est le co-président du Mouvement des Focolari, diplômé en philosophie, docteur en théologie. Il énonce quelques pensées stimulantes pour apprendre le « langage de la fraternité », condensées en 7 points. 

1. Le dialogue est toujours une rencontre personnelle. Il ne s’agit pas de paroles ou de pensées, mais de donner de notre être. Ce n’est pas une simple conversation, mais quelque chose qui touche l’interlocuteur en profondeur. Rosenzweig disait : « Dans le dialogue authentique, il se passe quelque chose de sérieux ». En d’autres mots : on ne sort pas indemne d’un vrai dialogue, il change quelque chose en nous.

2. Le dialogu e demande silence et écoute. Le silence est fondamental pour penser et parler juste. Un silence profond, cultivé avec patience dans la solitude et mis en pratique face à l’autre, à ses pensées, à ses paroles. J’aime ce proverbe hindou : « Quand tu parles, fais en sorte que tes paroles soient meilleures que ton silence ». Aujourd’hui, nous avons besoin plus que jamais – disait Benoît XVI – « d’un écosystème qui sache équilibrer silence, parole, images et sons ». Dans l’exercice du dialogue, nous avons besoin du silence, pour ne pas user les paroles mêmes.

3. Dans le dialogue, nous prenons des risques, nous risquons notre vision des choses, notre identité, y compris culturelle. Nous devons acquérir une « identité ouverte », mûre, et en même temps exercée à cet axiome anthropologique fondamental : « Quand nous nous comprenons avec quelqu’un, nous savons mieux qui nous sommes ». En paraphrasant une idée de Klaus Hemmerle : si tu m’enseignes ta façon de penser, je pourrai réapprendre ma façon d’énoncer.

4. Le dialogue authentique a quelque chose à voir avec la vérité, mais attention : la vérité est une réalité relationnelle (pas relative, ce qui est différent). Cela veut dire que la vérité est la même pour tous, mais chacun met en commun avec les autres sa perception et sa compréhension personnelles de la vérité. La différence est donc un don et non un danger. « Le don de la différence » est un autre pilier de la culture du dialogue.

5. Le dialogue demande de la volonté. L’amour de la vérité me pousse à la rechercher, à la désirer, et à cause de cela, je me mets en dialogue. On pense souvent que le dialogue est une affaire de faibles. C’est bien le contraire : seul celui qui a une grande force de volonté prend le risque du dialogue. Toute attitude dogmatique ou fondamentaliste cache peur et fragilité. Il faut se méfier de ceux recourent habituellement aux cris, emploient des expressions grandiloquentes ou un langage qui discrédite pour imposer leurs convictions. La force brute, dialectique, peut l’emporter, mais jamais convaincre.

6. Le dialogue n’est possible qu’entre personnes authentiques. L’amour, l’altruisme et la solidarité préparent les personnes au dialogue en les rendant authentiques. Gandhi et Tagore avaient une idée très différente du système éducatif à établir dans l’Inde indépendante, mais cela n’a pas fait obstacle à leur amitié. Le pape Jean-Paul II et le président Pertini ont eu, pendant une longue période, une entente profonde sur le destin de l’humanité, tout en évoluant dans des catégories presque opposées.

7. La culture du dialogue ne connaît qu’une loi, celle de la réciprocité. C’est en elle seulement que le dialogue trouve sens et légitimité. Si les nations avaient recours au dialogue avant d’utiliser le silence homicide de la vengeance ou de la richesse ou de l’affirmation personnelle, on nagerait dans le bonheur qui nous fait défaut aujourd’hui. Si les religions dialoguaient pour honorer Dieu, si les nations se respectaient et comprenaient que leur richesse est de rendre l’autre riche, si chacun parcourait un « petit sentier personnel » de nouveauté, on pourrait laisser derrière nous la nuit de terreur dans laquelle nous nous débattons. Quels sont les obstacles sur ce petit sentier ? Le jugement, la condamnation et l’orgueil intellectuel.

La tâche à accomplir est artisanale en raison de l’implication qu’elle demande, sans distractions ni compromis, mais elle est chargée de culture, plus qu’une profession. C’est une activité fatigante et impitoyable, mais la Miséricorde nous vient en aide.

 

Notre “Oui” à l’Europe

Notre “Oui” à l’Europe

Depuis la naissance, il y a 18 ans, d’Ensemble pour l’Europe, l’ objectif fondamental est de s’engager pour l’unité du peuple de Dieu, le deuxième objectif fondamental étant la dimension sociale de l’ensemble pour l’Europe. Cet objectif reçoit un nouveau défi face à la crise européenne actuelle, celui  de vivre ensemble en Europe dans la multiplicité des cultures et des nations.

L’unité est possible

« L’unité et la diversité sont originales de la même manière » s’est ainsi que s’est exprimé  Fr. Franziskus au Congrès de Ensemble pour l’Europe en 2007. De même, Piero Coda écrit: « Si Dieu est Trinité, l’unité et la diversité ne sont pas seulement en contradiction, mais sont originales. de la même manière ». Dès le début, il y a eu une image de l’unité qui reconnaît et affirme la diversité qui nous est donnée par Dieu: l’égalitarisme menace les identités et peut donc mener à la rupture de l’unité dans la diversité. Ceci s’applique à la fois aux sphères politiques et religieuses.

Unité dans la diversité réconciliée

En raison des nombreuses perturbations dans la vie des individus, entre les Eglises et entre les peuples, il y a maintenant un besoin de réconciliation des contraires, afin de parvenir à une unité réconciliée dans la diversité. Cela vaut également pour la diversité des cultures. C’est maintenant le temps de la réconciliation au lieu de la condamnation et de la délimitation. Cela ouvre le futur, parce que le poison du passé perd son effet. Avec cela, le différent et l’étranger perdent leur menace et deviennent un cadeau. Comme réconciliés, nous reconnaissons la richesse de la vie dans la diversité. En tout, Jésus est le centre qui fait de nous un. Il nous donne force et espoir pour l’unité dans la diversité réconciliée, parce que Jésus-Christ a réconcilié le monde avec Dieu.

Vie ensemble comme signe prophétique

Notre Ensemble en Europe est vécu concrètement dans les relations entre nous. Nous nous mettons en chemin pour rendre visite aux autres. L’ensemble en Europe crée de nouvelles relations, apporte la réconciliation et l’avenir. Il fait briller quelque chose de l’essence de Dieu, en ce sens qu’il crée l’unité, c’est-à-dire qu’il est un signe prophétique.

La prière apporte le changement

La prière fait partie du devoir d’Ensemble pour l’Europe. Nous ne voulons pas manquer de prier pour l’Europe. La prière fait changer. Nous change-nous même, change l’atmosphère dans notre pays et en Europe, change le cœur des gens.

Notre espérance et notre OUI à l’Europe

Nous nous engageons pour l’Europe parce que nous l’avons compris comme une mission de la part de Dieu pour nous. Nous disons un Oui décidé pour une Europe de l’unité et de la multiplicité des cultures et des nations. Cela nous est d’une grande lumière à nos yeux une image positive de l’Europe. Nous nous engageons pour une culture de l’ensemble, qui se fonde sur la base de la foi chrétienne. Nous formulons notre espérance pour l’Europe en 5 OUI.

Disons Oui à une Europe de la réconciliation

Le miracle de la réconciliation après la catastrophe des guerres mondiales a fait naître, une nouvelle Europe. La force de la réconciliation, que nous recevons de la foi chrétienne, permet de guérir les blessures historiques et de réconcilier les diversités

Nous disons OUI à une Europe de l’unité dans la diversité.

Nous reconnaissons la diversité comme une richesse. Multiplicité et diversité sont originales de la même manière. Il s’agit de maintenir les deux dans un bon équilibre. Nous sommes heureux avec l’autre et de son charisme. Cette coopération des charismes sert l’unité du peuple de Dieu et l’unité de l’Europe. Nous nous engageons pour une organisation fédérale en Europe. Avec respect et estime, nous prêtons attention à différents points de vue et contextes culturels.

Nous disons OUI à une Europe de rencontre, de dialogue et de paix

La compréhension mutuelle nait de la rencontre. C’est l’une des expériences fondamentales de Ensemble pour l’Europe. Nous disons OUI à une Europe qui cherche le dialogue avec tous et choisit la voie de traiter les différents intérêts. L’Union européenne et le processus d’unité de l’Europe nous ont accordé 70 ans de paix au sein de l’Union européenne. Celui qui insiste trop sur l’élément national rappellera les mauvais esprits nationalistes et mènera à la destruction. Ceux qui nient l’élément national, nient la diversité et empêchent l’émergence d’une communauté européenne. Nous encourageons un dialogue ouvert pour une Europe qui cohabite en paix.

Nous disons OUI à une Europe de la miséricorde et de l’humanité

L’espérance chrétienne a donné l’empreinte de l’histoire de l’Europe. C’est une foi ouverte au monde. L’humanité et la miséricorde ont leur origine en Jésus crucifié et abandonné et donnent l’image au continent. Ils se montrent dans le Oui inconditionnel à la vie, dans le Oui au mariage et à la famille, dans le Oui pour les pauvres et les nécessiteux.

L’Europe est plus que l’euro, plus que l’économie de marché. C’est pourquoi nous nous engageons à construire une Europe basée sur l’héritage judéo-chrétien, ouverte à tous ceux qui pensent et croient différemment. Ainsi nous renforçons l’âme de l’Europe.

Nous disons OUI à une Europe à laquelle Dieu a confié une vocation au cours de l’histoire:

Tout le ciel et la terre, toute la foi et l’incidence dans le monde, parce que le ciel et la terre se rencontrent dans le Crucifix. Dans cette tâche pour l’Europe, nous reconnaissons également la responsabilité pour l’Afrique et le Moyen-Orient.

Le Dieu vivant a beaucoup confié à notre Ensemble. C’est pourquoi nous voulons exprimer notre Oui à l’Europe dans nos mouvements et publiquement.

Gerhard Pross, Vienne, 10 novembre 2017 (Version brève)

Introduction de Gérard Testard

Introduction de Gérard Testard

L’Union Européenne est une organisation souvent mal aimée de l’opinion publique. Beaucoup d’hommes politiques ne manquent pas de la critiquer, souvent pour mieux se défendre de leur politique intérieure déficiente.

L’Union Européenne n’est pas exempte de défauts (abondance de normes, complexité, technocratie, éloignement vis-à-vis des peuples…)

Pourtant, grâce à l’union européenne, l’Europe est globalement en paix depuis plus de 70 ans. Robert Schuman est un des « pères de l’Europe » et c’est lui qui a lancé la construction européenne le 9 mai 1950 alors qu’il était ministre des affaires étrangères. Il était une personnalité reconnue, un catholique pratiquant avec une vie spirituelle profonde et faisant preuve de grande valeurs morales. Il sera l’homme providentiel pour œuvrer à la réconciliation franco-allemande, qui se montre un farouche opposant à l’esprit revanchard qui était toujours prêt à surgir. Il prend en cela le contre-pied total du traité de Versailles qui clôturait la Grande guerre.

Lorrain par sa famille, né au Luxembourg et ayant grandi en Allemagne il a toujours été attaché à la France. Il s’est défini comme « un homme des frontières » et il avait une vision pour l’Europe. Pour définir son idéal européen, il a rédigé un petit livre à la fin de sa vie reprenant ses discours et intitulé « pour l’Europe », publié l’année de sa mort en 1963, où il décrit le projet européen, sa vision de la démocratie.  L’essentiel des citations ci-dessous est tiré de cet opuscule.

Citations de Robert Schuman

L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre. L’Europe ne se fera pas d’un coup ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait (Discours du 9 mai 1950)

Toutes les citations qui suivent sont tirée du livre « Pour l’Europe »

La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques.

L’Europe, avant d’être une alliance militaire ou une entité économique, doit être une communauté culturelle dans le sens le plus élevé de ce terme.

L’unité politique de l’Europe ne signifie pas l’absorption de la nation.

Celui qui n’ose pas s’attaquer à ce qui est mauvais sait mal défendre ce qui est beau.

La démocratie doit son existence au christianisme. Elle est née le jour où l’homme a été appelé à réaliser dans sa vie temporelle la dignité de la personne humaine, dans la liberté individuelle, dans le respect des droits de chacun et par la pratique de l’amour fraternel à l’égard de tous. Jamais avant le Christ pareilles idées n’avaient été formulées.

Avons-nous  fait jusqu’ici fausse route ? Le résultat dépendra dans une large mesure de la valeur des hommes que nous avons en face de nous, du degré de leur sincérité, de la compréhension que nous pouvons escompter chez eux et chez leurs successeurs

L’idée d’une Europe réconciliée, unie et forte, doit être le mot d’ordre des jeunes générations.

L’Europe se fera une âme dans la diversité de ses qualités et de ses aspirations. L’unité des conceptions fondamentales se concilie avec la pluralité des traditions et des convictions, avec la responsabilité des choix personnels. L’Europe contemporaine devra être faite d’une coexistence qui ne soit pas un simple agglomérat de nations rivales, périodiquement hostiles, mais une communauté d’action librement concertée et organisée.

Les frontières conservent leur raison d’être si elles savent transférer leurs fonctions à un niveau spirituel. Au lieu des barrières qui séparent, elles doivent devenir des lignes de contact où s’organisent et s’intensifient les échanges matériels et culturels.

A propos de la déclaration du 9 mai 1950: «Je l’ai faite parce que je crois aux fondements chrétiens de l’Europe».

Gérard Testard

Ensemble pour une Europe ouverte et philanthropique

Ensemble pour une Europe ouverte et philanthropique

Lorsque l’«Ensemble pour l’Europe» a été lancé le 31 octobre 1999, jour de la signature de la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, il y avait un climat d’espoir.

Un signal d’unité important a été émis, après près de 500 ans de séparation. Diverses communautés spirituelles et mouvements de l’Église protestante et catholique se sont réunis au Centre de vie œcuménique à Ottmaring pour réfléchir comment cette explication fondamentale pourrait être transmise. Cette explication devait avoir un impact sur la vie quotidienne et ne pas rester seulement un texte. Karl Barth disait que le chrétien doit porter la Bible dans une main et le journal dans l’autre.

Au fil des siècles, depuis la Réforme de Martin Luther et d’autres réformateurs, les chrétiens ont provoqué de graves conflits par les divisions et les conflits, et ils ont été incapables de remplir adéquatement leur mission d’être des outils d’unité et de paix. Les divisions étaient un triste signe de faiblesse face aux développements dramatiques qui ont atteint leur apogée au XXe siècle avec les deux guerres mondiales et l’abîme de la Shoah.

Néanmoins, les chrétiens ont toujours été des témoins crédibles. Jean-Paul II a dit dans l’annonce du Jubilé de l’an 2000 que l’Église de notre temps est redevenue, comme jamais auparavant, une Église de martyrs. Cela était un phénomène œcuménique, a dit le pape polonais, qui avait connu l’oppression de l’église dans sa propre biographie. Non seulement parce que cela affecte toutes les dénominations, mais aussi parce que les chrétiens ont déjà vécu une unité de souffrance dans les persécutions des goulags et des camps de concentration que nous devons encore construire. Andrea Riccardi a exposé de façon impressionnante cette histoire dans son livre « Sel de la terre, lumière du monde ».

Grâce à l’événement historique de la déclaration commune, une nouvelle histoire d’unité et de coopération devait commencer. Après tant de divisions et de violences venant d’Europe, les mouvements ont voulu aider à construire une Europe qui contribue à la paix, à l’hospitalité et à l’ouverture. La mondialisation a engendré une unité d’économie, d’argent et de communication, mais il manque l’âme, il manque l’unité des peuples et des cultures dans un vivre ensemble pacifique et ouverte. Ici, les mouvements ont reconnu une vocation, une seconde vocation en plus de celle du propre charisme.

Au cours des 20 années d’histoire commune, nous avons connu différentes phases. Il y avait une période d’euphorie avec l’union monétaire et l’expansion vers l’est en 2004, qui a été ressentie lors du premier grand congrès de Stuttgart. Les mouvements ont voulu renforcer et soutenir le processus d’unification européenne. Car, selon les convictions des pères fondateurs chrétiens de l’unification européenne, qu’on a célébrés au 60e anniversaire du traité de Rome en 2017, ce processus a besoin d’un fondement spirituel. L’Europe a besoin d’une âme, comme nous l’avons souligné à maintes reprises.

Aujourd’hui, le scepticisme s’est répandu en Europe. Il y a des tendances inquiétantes de repli, des murs sont construits, l’Europe devient une forteresse qui exclut et rejette. Une peur diffuse se manifeste dans toutes les sociétés européennes et saisit également les chrétiens. Cette peur dangereuse conduit à des nouveaux nationalismes, à la xénophobie et à l’antisémitisme, jusqu’aux mouvements d’extrême droite et fascistes qui influencent de plus en plus la politique européenne.

Par conséquent, la question de notre vocation en tant qu’ Ensemble pour l’Europe se pose en ce moment avec une nouvelle urgence. À mesure que la confrontation s’intensifie, les chrétiens et les mouvements chrétiens doivent approfondir leur vivre ensemble. Notre chemin est toujours caractérisé par l’hospitalité et l’ouverture. L’unité n’est possible que par l’ouverture, la connaissance mutuelle et l’accueil de l’autre. Surtout dans cette phase historique, l’audace et la prophétie des chrétiens sont nécessaires. Car les tendances actuelles dans nos sociétés européennes sont dangereuses et favorisent la violence ; les pauvres, les réfugiés, les étrangers et tous ceux qui vivent à la périphérie en souffrent le plus.

La journée de l’Europe, le 9 mai, pourrait être un moment opportun pour désigner la beauté et l’enrichissement de l’unité. Nous pouvons montrer que la diversité, l’ouverture, l’hospitalité et l’acceptation de l’étranger ne sont pas un danger, mais un enrichissement pour tous. Des sources de l’Évangile ont émergé de nombreux mouvements avec leurs propres histoires, vocations et charismes. Mais cela n’enlève rien à personne, au contraire, dans la rencontre nous nous sommes enrichis les uns les autres et nous avons approfondi notre propre charisme. Cette expérience est encore plus nécessaire aujourd’hui qu’il y a 18 ans, lorsque notre chemin commun a commencé à Ottmaring.

Pasteur Matthias Leineweber

 

 

Ce qui nous distingue

Ce qui nous distingue

Chiara Lubich, une des initiatrices d’Ensemble pour l’Europe, a parlé à plusieurs reprises de la communion entre les Mouvements et les Communautés de différentes Églises. Laissons-nous inspirer par cet extrait du discours qu’elle a prononcé à Munich, le 8 décembre 2001, devant les responsables de divers Mouvements catholiques et protestants.

Nous pouvons nous demander en premier lieu : Les Mouvements, sur le modèle de ceux que nous rencontrons dans les principales Églises, sont-ils des inventions imaginées par l’Esprit Saint uniquement pour notre époque ? Mais non ! – sommes-nous forcés de répondre – ils ont toujours existé, tout au long des temps, depuis la naissance du christianisme. Il suffit de jeter un coup d’œil sur notre histoire commune, au premier millénaire, et on les voit déjà apparaître. Pourquoi ? Nous le savons bien. Le christianisme est présent dans le monde par la foi et la Parole vécue. Et nous savons combien les premiers chrétiens ont vécu authentiquement notre religion. Mais nous savons bien aussi, qu’au fil des années, influencés par l’esprit du monde, tous les baptisés n’ont pas été cohérents avec leur foi. C’est alors que le christianisme s’affaiblit, se dilue et, vu qu’il ne peut s’éteindre (« La Puissance de la mort n’aura pas de force contre elle [mon Église] » Mt 16,18), l’Esprit Saint se trouve, pour ainsi dire, dans la nécessité de susciter dans l’Église de nouveaux et importants courants spirituels : ceux de Basile, d’Augustin, de Benoît, etc. Et bien d’autres ensuite, au cours du deuxième millénaire, comme celui de François d’Assise, qui ont eu pour tâche de ramener dans l’Église l’authenticité et le caractère radical de l’Évangile, et ainsi de la renouveler. C’est pour cette même raison que l’Esprit Saint a suscité aujourd’hui nos mouvements modernes. […]

Que s’est-il passé ? On a commencé à vivre la communion de cette manière. D’abord en priant les uns pour les autres ; en s’encourageant et en se soutenant dans les difficultés ; en faisant en sorte que les divers Conseils directeurs se connaissent entre eux ; en s’aidant concrètement quand il y a des besoins, par exemple de salles, de matériel… ; en participant et en collaborant à des manifestations des uns et des autres ; en donnant une place dans notre presse à la présentation des autres Mouvements, etc. […]

Il nous vient alors une question : comment pouvons-nous faire nôtre ce merveilleux plan de Dieu qui laisse prévoir dans l’Église une communion vivante de plus en plus vaste, malgré nos faiblesses et nos échecs ? La réponse est évidente : pour créer partout la communion, il suffirait de mettre en pratique le commandement nouveau de Jésus. […]

« Qui nous séparera de la charité du Christ qui nous a reliés ainsi entre nous ? ». Par notre vie de communion, qui donne au monde un témoignage, le nom de Dieu revient à la mode dans nos rues souvent transies par le matérialisme et la sécularisation. Dans nos maisons, dans nos écoles, sur nos lieux de travail, dans les administrations, nous donnons déjà notre témoignage, et surtout sur les frontières les plus avancées, les lieux où, en général, l’Église n’arrive pas avec les moyens normaux, mais où nos Mouvements sont souvent présents. C’est à cela que l’Esprit Saint nous a appelés et pour cela qu’il nous a particulièrement préparés. […]

C’est pourquoi ce qui devrait nous distinguer, vis-à-vis du monde, ce ne sont pas tant notre prière et toutes ces choses merveilleuses, les pénitences, les cérémonies, les jeûnes, les veilles, la conduite morale, etc., ce qui devrait nous distinguer, c’est uniquement notre amour réciproque, l’unité. Jésus l’a dit : « A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13,35). A cela, pas à autre chose, et il a dit aussi : « Qu’ils soient un afin que le monde croie » (cf. Jn 17,21).