Zygmunt Bauman “Soif de paix”

« […] Toutes les étapes et les phases de l’histoire de l’humanité avaient un dénominateur commun : elles étaient caractérisées d’un côté par l’inclusion, de l’autre par l’exclusion.

Il s’effectuait une identification réciproque, à travers l’inclusion et l’exclusion. Le ‘’nous’’ pouvait se mesurer avec l’hostilité réciproque. Le sens du ‘’nous’’ était que nous ne sommes pas eux. Et le sens du ‘’eux’’ était qu’ils ne sont pas nous. Les uns avaient besoin des autres pour exister comme entité reliée l’une à l’autre et pour pouvoir s’identifier dans un lieu ou un groupe d’appartenance. Il en a été ainsi pendant toute l’histoire de l’humanité. Ce qui a causé de grandes effusions de sang. Une forme d’auto-identification qui naît de l’identification de quelque chose d’autre en ce qui concerne le prochain.

Nous nous trouvons aujourd’hui face à la nécessité inéluctable de la prochaine étape de cette histoire, dans laquelle nous sommes en train d’élargir la notion d’humanité. En parlant d’identité de soi, nous avons un concept de ce que nous incluons dans cette idée d’humanité mise ensemble.

Je dirais que nous nous trouvons devant un pas supplémentaire à accomplir qui demande l’abolition du pronom ‘’eux’’. Jusqu’à ce jour, nos ancêtres avaient quelque chose en commun : un ennemi. Maintenant, face à la perspective d’une humanité globale, où le trouvons-nous, cet ennemi ?

Nous nous trouvons dans une réalité cosmopolite et donc tout ce qui est fait, même dans le coin le plus reculé du monde, a un impact sur le reste de notre planète et sur les perspectives d’avenir. Nous sommes tous dépendants les uns des autres et on ne peut pas revenir en arrière. […] »

Zygmunt Bauman, sociologue et philosophe, 18-09-2016, Assise (Italie), à l’Assemblée d’ouverture de la rencontre « Soif de paix ».

 

 

 

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