Voix de Prague – partie 1
Rencontre des « Amis d’Ensemble pour l’Europe » à Prague – Brèves interviews avec quelques participants – partie 1
« Traverser nos peurs ». Gérard Testard, Efesia, France
« Non sediamoci sul divano! » František Talíř, Movimento dei Focolari, Cechia.
« Going against the mainstream. » Annamária Fejes, Focolare Movement, France
« Ricerca della verità come antidoto alla paura. » Georges El Hage, SYNDESMOS, Francia
« Ein Geschenk des Heiligen Geistes ». Sr.M.Lioba Ruprecht, Schönstätter Marienschwestern, Deutschland
3° jour de EpE à Prague
Dernière journée pour les 170 participants de 21 pays d’Europe et 53 Mouvements et Communautés. L’atmosphère de toute la rencontre a été caractérisée par un nombre étonnamment élevé de jeunes.
« En ces temps de pluralisme et de ‘’refroidissement religieux’’, nous avons l’enthousiasme nécessaire et nous ressentons la responsabilité de faire toute notre part pour construire une Europe unie dans la politique, dans la société et dans l’esprit » a expliqué un des nombreux jeunes participants.
Les discours et toutes les opportunités d’échanges personnels avaient permis aux participants de regarder de près la situation de la foi et des Églises en République Tchèque.>
« Nous pouvons apprendre et recevoir beaucoup les uns des autres » disait un jeune de Ravensburg (Allemagne). « Prague 2018 est devenue pour 3 jours la « capitale internationale au cœur de l’Europe », a dit l’un des participants, « et Ensemble pour l’Europe est à nouveau pour moi et pour beaucoup une affaire de cœur ».
En vue de l’avenir
Le 9 mai 2019, Journée de l’Europe, sera vécue et fêtée comme la journée d’Ensemble pour l’Europe. L’initiative est portée par une chaîne de prière de six semaines au niveau européen, qui commencera le 23 mars 2019, jour prévu de la sortie du Royaume uni de l’Union Européenne. « Du Brexit à la Journée de l’Europe : cela représente symboliquement notre parcours commun », a confié une participante.
La prochaine « Rencontre des Amis d’Ensemble pour l’Europe » aura lieu du 7 au 9 novembre 2019 à Ottmaring, près d’Augsbourg (Allemagne) où a commencé il y a 20 ans l’histoire d’EpE. Rétrospective d’un chemin avec Dieu vécu dans la réciprocité et regard tourné en avant vers un avenir prometteur.
Beatriz Lauenroth
2° jour de EpE à Prague
Lors de la deuxième journée de la rencontre de Prague, les participants se sont penchés sur la situation des croyants et des Églises en République Tchèque. Par conséquent, en plus des nombreuses occasions de discussions personnelles et d’échanges en groupes, il y a eu trois grandes impulsions thématiques.
Jaroslav Šebek, historien et membre de l’Institut d’histoire de l’Académie des Sciences de République Tchèque, est intervenu sur le thème « Les Églises en République Tchèque et les défis de l’époque actuelle ». La crise des réfugiés est devenue une pierre de touche fondamentale pour l’avenir de l’intégration européenne, où différents concepts se heurtent » et une fois de plus, c’est symboliquement l’Est contre l’Ouest « , a déclaré J. Šebek. L’un des problèmes actuels est l' »encapsulation de la communication » dans laquelle les médias sociaux sont impliqués. « Alors qu’à l’époque communiste, nous avions un désert d’informations, aujourd’hui nous sommes dans une jungle d’informations. » Le résultat est le même : « La perte d’orientation et une plus grande susceptibilité à la manipulation et à la méfiance de tout et de tous. » Dans une situation aussi difficile, les représentants de l’Église cherchent aussi une orientation.
Pavel Fischer, sénateur au Parlement tchèque, a également décrit la situation actuelle de la République Tchèque et présenté les défis d’un point de vue sociopolitique. Il a souligné l’importance de l’identification émotionnelle avec une expérience sociale personnelle. Elle surgit dans un espace linguistique concret. L’unité de l’Europe ne peut être réalisée qu’en prenant au sérieux tous les processus d’identification locaux et les personnes individuelles avec lesquelles nous cheminons ensemble. La vision d’une Europe unie ne pourra émerger que si les politiques respectent la subsidiarité ainsi que la diversité des peuples, des langues et des cultures européennes.
Interview « Identity is something what we desperately need! » Pavel Fischer
Interview « Let’s engage on the very local level! » Pavel Fischer
Tomáš Halík, sociologue tchèque, philosophe spécialisé en matière de religion et prêtre catholique romain (Prix Templeton 2014), a présenté les développements historiques de l’Eglise tchèque jusqu’à aujourd’hui, dans le cadre de sa contribution sur la situation religieuse dans son pays. Il est apparu clairement que la tentative de l’Église de présenter la foi vécue hier valable pour le présent et l’avenir avait échoué. Aujourd’hui, l’Église populaire traditionnelle n’a plus de force, car sa biosphère disparaît de plus en plus. La religion d’aujourd’hui n’a guère d’influence sur le style de pensée de la génération actuelle, qui vit dans le nouveau cosmos de l’Internet. « La nouvelle génération n’est pas prête à recevoir la religion sans arguments. Aujourd’hui, l’Église est mise au défi de s’adapter avant tout à ceux qi sont en recherche. Ils représentent, pour ainsi dire, le plus grand diocèse. » T. Halík a souligné que « l’avenir de l’Église dépend de sa volonté de communiquer avec ceux qui sont en recherche, de les accompagner. » La foi ne devrait pas être une idéologie de réponses précises, mais une façon de marcher avec les chercheurs. Parce que chacun se pose la question du sens de la vie, l’Église doit être là pour tous, pas seulement pour les croyants. T. Halík a invité le public à être courageux, à prendre au sérieux tous ceux qui cherchent la vérité d’une autre manière et à engager le dialogue avec eux.
Cette journée richement remplie s’est terminée par un temps de prière où toutes les réflexions et tous les thèmes de la journée ainsi que l’avenir de l’Europe ont été portés devant Dieu. Un dîner festif a suivi, prolongé par une veillée culturelle.
Heinrich Brehm
1° jour de EpE à Prague
Un début joyeux de la 19ème rencontre de l’Ensemble pour l’Europe. 170 représentants de 21 nations et 53 Communautés et Mouvements de différentes Eglises sont réunis à Prague.
La tâche d’une minorité créative
Nous reproduisons ici des extraits de une intervention de Jesús Moràn Cepedano, co-président du Mouvement des Focolari, philosophe et spécialiste d’anthropologie théologique, prononcée au cours du Congrès d’Ensemble pour l’Europe, à Munich, le 30 juin 2016.
Pourquoi l’Europe a-t-elle donné naissance ces derniers siècles à une culture qui a fait de Dieu non plus un mystère, mais un problème insoluble ? Et qui, par conséquent, a fait aussi de l’homme un problème inextricable dans son rapport à lui-même, aux autres, au cosmos, à l’Absolu ? La question n’en est que plus « scandaleuse » si l’on pense à l’histoire du continent européen qui, au cours des siècles, a élaboré un fort et original humanisme spirituel, artistique, philosophique, scientifique, juridique et politique.
En 2004, celui qui était encore le cardinal Ratzinger se demandait s’il n’était pas exact, comme l’affirme Toynbee, que le destin des sociétés dépend dans une large mesure de minorités créatives. Peut-être – soutenait-il – est-ce la tâche qui revient aux chrétiens : se considérer comme la minorité créative qui amène l’Europe à redécouvrir son héritage.
Quel que soit cet héritage, il nous est rappelé de façon surprenante par des intellectuels de la pointure de H.G. Gadamer et G. Steiner : à partir de perspectives différentes, tous deux voient pour l’Europe une tâche « autant spirituelle qu’intellectuelle ». Pour Gadamer : « Vivre avec l’autre, vivre comme l’autre de l’autre, est une tâche universelle et valable à petite comme à grande échelle. Comme nous qui, en grandissant et en entrant dans la vie, apprenons à vivre avec l’autre, il en va de même pour les grands groupes humains, les peuples et les États. Et c’est probablement un privilège de l’Europe d’avoir, plus que d’autres pays, su et dû apprendre à vivre avec la différence ». (L’eredità dell’Europa, Einaudi, Torino 1991, pp. 21-22)
Un tel destin requiert la créativité, l’intelligence, la capacité de se réaliser et d’aller au-delà de ses propres limites, qualités qui ont toujours fait partie de l’âme de l’Europe, comme le montre son histoire, surtout après la seconde guerre mondiale. Les Pères fondateurs ont fait preuve d’audace en rêvant d’une autre idée de l’Europe, mais surtout en commençant à la réaliser, misant sur l’intégration de tout le patrimoine du continent. Ils étaient bien conscients, selon les paroles prophétiques de Konrad Adenauer, que « l’avenir de l’Occident n’est pas tant menacé par la tension politique que par le danger de la massification, de l’uniformité de la pensée et du sentiment ; en bref par toute la manière de vivre, par la fuite des responsabilités, avec son propre moi pour unique préoccupation »[1].
Plus que jamais, la perspective que l’Europe peut et doit encore offrir au monde est celle de former une culture d’unité dans la diversité à tous les niveaux, de celui personnel et quotidien à celui des institutions et de la prospective, comme l’a rappelé récemment le patriarche œcuménique Bartholomée 1er : « Les Institutions humaines elles aussi – si nous sommes capables de les ‘’transfigurer’’ avec cette attention à la diversité – sauront comprendre que les différences sont un avantage et non une cause de conflit, une richesse et non un déséquilibre, une source de vie et non de mort. Nous vivons dans un contexte où le pluralisme risque d’être sacrifié au nom d’une fausse unité qui veut l’uniformisation globale de toutes les expressions de l’homme […]. Au contraire, c’est justement grâce à l’acceptation de ces différences, comme fondement de l’unité de l’humanité blessée, à travers un dialogue suscité par l’amour, à travers le respect réciproque, l’accueil de l’Autre, à travers notre disponibilité à accueillir et à être accueillis, que nous pourrons devenir pour le monde icônes du Christ et, comme Lui, dans l’unité, être aussi diversité »[2].
Il s’agit donc de conjuguer à nouveau, avec une énergie et une décision renouvelées, une culture des droits de l’homme qui puisse allier avec sagesse la dimension personnelle et celle du bien commun de tous les groupes intermédiaires qui s’unissent dans la communauté sociale et politique. En même temps, il faut agir ainsi sans perdre de vue la dignité transcendante de l’être humain, comme le pape François l’a affirmé avec force en 2014 au Parlement européen.
Dans ce parcours, le rôle des communautés ecclésiales s’avère encore une fois décisif, parce qu’elles ont pour mission l’annonce joyeuse de la bonne nouvelle. A une époque où il semble que soit rompue « l’alliance culturelle » des Églises avec la société ambiante, il s’agit de revenir à l’Évangile, de susciter des rencontres significatives à la lumière de l’Écriture et des récits évangéliques, pour engendrer la vie même engendrée par Jésus de Nazareth. Comme l’a souligné le pape François à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne : « Dieu désire habiter parmi les hommes, mais il ne peut le faire qu’à travers des hommes et des femmes qui, comme les grands évangélisateurs du continent, soient touchés par Lui et vivent l’Évangile, sans rien chercher d’autre. Seule une Église aux nombreux témoins pourra redonner l’eau pure de l’Évangile aux racines de l’Europe. En cela, le chemin des chrétiens vers la pleine unité est un grand signe des temps, mais aussi l’urgence de répondre à l’appel du Seigneur ‘’pour que tous soient un’’ (Jn 17,21) »[3].
[1] Discours à l’Assemblée des artisans allemands, Düsseldorf, 27 avril 1952. Repris par le pape François dans son discours pour la remise du Prix Charlemagne (13 mai 2016).
[2] Lectio magistralis du patriarche œcuménique Bartholomée 1er à l’occasion de la remise du doctorat honoris causa en culture de l’unité de l’Institut universitaire Sophia, Loppiano (Italie), 26 octobre 2015.
[3] Pape François, Discours pour la remise du Prix Charlemagne, Rome, 13 mai 2016.
Photo: ©Ursel Haaf – www.urselhaaf.de
